lundi 28 janvier 2019

Prochaines rencontres avec Robert Eymeri autour de l'art du sentir


Voici les dates des prochaines rencontres avec Robert Eymeri.
Près de Paris :
- Dimanche 24 février
- Dimanche 5 mai
- Dimanche 30 juin

Ces rencontres autour de l'art du sentir s'articuleront autour d'entretiens, d'exercices et de questions-réponses.
Horaire : 14h30 à 17h30
Lieu : Objectif Terre, Hugues et Malise Maury, Hameau Le Bois Charme, 77820 Le Châtelet-en-Brie. (Possibilité de venir en Rer, 45mn de Paris)
Participation : 20€
Inscription :


Dans la drôme :
- Samedi 1er juin et dimanche 2 juin : 
Conférence sur l'art du sentir (samedi 15h) et ateliers (samedi 16h30 et dimanche 9h) au XVIème Colloque International de Psychologie Biodynamique au Domaine de Chantesse à Saint-Donat sur l'Herbasse dans la Drome.
Inscription :

Dans la joie de vous rencontrer
Robert Eymeri




samedi 5 janvier 2019

Prochains weekends d'exploration de l'art du sentir en 2019

Pour celles et ceux qui s'intéressent à l'enseignement de Luis Ansa, voici les prochaines dates des weekends d'exploration de la voie du sentir.
La voie du sentir est à la fois un art de vivre et une école de l'amour.

Qu'est-ce que l'éveil sensitif du corps ? 
Comment rester vigilant ? 
Comment préserver son énergie ? 
Pourquoi nos cinq sens sont-ils si précieux d’un point de vue spirituel ? 
Comment capter des impressions et nourrir les corps supérieurs ? 
Comment transformer et alchimiser les situations négatives qui se présentent dans notre vie ?

C’est à travers des exercices sensitifs et des présentations concrètes que ces différents thèmes seront abordés.

Au plaisir de vous rencontrer
Robert Eymeri
Julie Lavarello


Prochains weekends d'introduction à la voie du sentir :

- Du samedi 22 au lundi 22 avril 2019 à Notre-Dame de Valsaintes (Simiane la Rotonde).

- Samedi 30 au dimanche 31 mars à La Roche Foulques (Soucelles), à 20 mn d'Angers, au cœur des basses vallées angevines.


Prochains weekends d'approfondissement de la voie du sentir :

Les weekends d'approfondissement sont réservés aux personnes ayant participé à un weekend d'introduction.

- Du samedi 19 au dimanche 20 janvier 2019 à La Roche Foulques (Soucelles). Weekend complet.

- Du vendredi 24 au dimanche 26 mai 2019 dans l'ancien monastère Pierre Chatel (près du lac du Bourget).

- Du vendredi 2 au dimanche 4 août 2019 dans l'ancien monastère Pierre Chatel (près du lac du Bourget).


Pour tous renseignements pratiques et inscriptions :
Veuillez utiliser la messagerie sur la droite du site : "Contactez-nous"
ou nous adresser directement un mail à : art.du.sentir@gmail.com



jeudi 26 juillet 2018

On vous manipule dès que l'on vous propose d'être autre chose que vous-même



Luis Ansa 



Un extrait d'un atelier de Luis Ansa :

Quand on veut vous manipuler, dit Luis Ansa, on va vous promettre le ciel et la terre à travers un enseignement, à travers une thérapie, à travers un pouvoir que l’on attribue à un gourou ou à un chef de secte. Et des tas de gens vont y croire, des tas de gens seront même prêts à payer pour y avoir accès.
Mais qui sont ces gens qui vont y croire ? Vous allez tout de suite me dire : « Ah non, certainement pas moi ! »
Et pourquoi les autres tomberaient dans le panneau et pas vous ? Qu’est-ce qui vous fait croire que vous seriez moins naïfs ?
Qu’est-ce qui vous fait croire, surtout, que vous ne pourriez pas devenir vous-mêmes fanatiques et intolérants ? Qu’est-ce qui vous empêche de basculer dans un sectarisme ? Qu’est-ce qui vous empêche de transformer la voie du sentir en une secte ?
Posez-vous la question. Et vous allez voir si, en vous, il n’y a pas ce désir sectaire d’accéder à un pouvoir.
Pouvoir, pouvoir, pouvoir ! Tout le monde, ici, est susceptible de tomber dans la recherche du pouvoir.
Comment cela fonctionne-t-il ? Qu’est-ce que les sectes vous promettent ? Du malheur, de l’infortune, de la détresse ? Non, elles vous promettent le ciel, le bonheur, la rencontre du bon époux ou de la bonne épouse, la réussite intérieure. Tous les pièges du pouvoir sont là.
On vous manipule toujours par le pouvoir de la parole. Il ne s’agit donc pas d’écouter ce qui est dit mais de voir les actes qui sont posés. C’est comme dans la drague, on vous fait croire ce que vous voulez entendre. Les méthodes du marketing pour avoir des clients, pour vendre un produit et pour faire de l’argent ne font qu’utiliser l’image et la parole.
Pour vous manipuler, l’image du maître doit donc être contrôlée, elle doit être au-delà de tout ce que l’on peut penser : c’est un surhumain, un démiurge qui a tous les pouvoirs, qui sait tout, qui peut tout.
Et les gens le croient !
Toutes sortes de faux maîtres pullulent. Ils travaillent en laissant les gens avec des béquilles et ils leur certifient qu’il faut avoir des béquilles. Mais comme je le dis souvent, si la fausse monnaie existe, c’est parce que la vraie existe aussi.
Alors, regardez les situations humaines, les situations sociales, ouvrez les yeux, soyez un peu moins stupides et demandez-vous pour quelles raisons toutes ces choses se produisent. C’est parce qu’il existe des stratégies de langage qui sont redoutables : « Venez chez nous, ici, vous allez être heureux, vous serez aimé. Le Maître va vous amener le ciel, vous révéler à vous-même. Il va vous donner l’ouverture de l’esprit… »
(...)
On vous manipule dès que l’on vous propose d’être autre chose que ce que vous êtes. (...)
C’est pour cela que dans la voie du sentir et dans ce travail sensitif, il n’y a aucun dogme, aucun devoir. Je vous ai dit chaque fois : « soyez libre ! » Surtout, soyez libre ! Je ne suis en rien supérieur à vous, vous n’êtes en rien supérieur à moi. Vous n’êtes pas inférieurs non plus. Nous sommes des amis faisant un travail d’ex­ploration.
(...)
Je ne critique pas les sectes, je les vomis. Je trouve immonde la façon dont quelqu’un peut manipuler quel­qu’un d’autre.
Vous devez examiner très attentivement à l’intérieur de vous ce qui peut vous rendre sensible à une manipulation mentale. Comme vous êtes intelligents et cultivés, que vous avez du confort et de la sécurité, vous êtes persuadés que vous ne pourriez pas tomber dans un tel piège. C’est à cause de cette idée que vous ne voyez pas le danger.
Quand on s’endort, que l’on se croit vacciné contre tout poison, on baisse la garde et c’est là que pique le serpent. C’est pourquoi je vous dis : soyez attentifs, soyez toujours attentifs ! Le mal connaît les faiblesses du bien mais le bien ne connaît pas les stratégies du mal.
Alors ne vous privez pas du discernement, d’une forme d’autodéfense et de protection, d’un certain jugement. Si votre tendance à juger constamment l’autre est néfaste, il ne faut pas pour autant éliminer toute capacité de jugement. Les excès, d’un côté comme de l’autre, sont mauvais. Gardez votre bon sens !
Quelle est la nature de ce phénomène sectaire ? C’est le résultat du pouvoir, de l’absence profonde de morale, d’un embobinage colossal, avec des phrases bien choisies : « vous êtes en dessous de votre valeur, vous avez une personnalité brillante, il faut que vous éclatiez, que vous deveniez comme ceci… »
En face de cela, soyez « vous » ! Cessez de rêver d’être un Clint Eastwood, une Brigitte Bardot ou un grand maître spirituel.
Je ne peux avoir de la gratitude que pour ce que je suis, pas pour ce que je pourrais être. Je vise ce que je suis aujourd’hui et j’avance avec ce que je suis aujourd’hui. Vous comprenez ? Vous devez trouver votre propre identité, pas la mienne, la vôtre.
C’est pour cela qu’ici, il n’y a pas de Maître, pas de chef. Ici, on est dans une structure horizontale, pas pyramidale. On fait un travail ensemble, en amis. Parce qu’aussi longtemps que l’on maintient une hiérarchie, le pouvoir est là. Et aussi longtemps que le pouvoir est là, la peur est là.
C’est aussi simple que cela.
Donc, je n’enseigne pas la voie du sentir, je vous donne des outils pour que vous puissiez vous libérer de vous-même.
S’étudier soi-même, c’est observer comment on se comporte. C’est cela le travail intérieur. Regardez comment vous vous comportez avec un garçon de café, avec votre collègue de travail, avec votre femme ou votre mari, avec les personnes que vous côtoyez à l’atelier. Dans ce travail, l’introspection n’est pas recommandable parce que c’est en situation, c’est dans les actes, que l’on voit qui on est.

Il y a encore un aspect particulièrement dangereux auquel vous devez faire attention. C’est le : « Je suis hors de toute question », « Je n’ai pas à me justifier ! »
Méfiez-vous de cette arrogance que vous pourriez avoir ; c’est le pire sectarisme, le pire totalitarisme que vous pouvez créer en vous-même ! L’assurance d’être exempt de toute critique, de toute remise en question, est le signe que vous êtes complètement à côté de la plaque. Vous vous croyez arrivé quelque part. Vous avez la certitude de ne pas vous tromper, de savoir… 
J’ai déraciné au maximum la peur qui m’habitait depuis l’enfance mais j’en ai gardé une, que je cultive, la peur d’être un con total. Cette peur est positive, cultivez-la vous aussi ! La peur d’être idiot, la peur de me laisser embarquer par mes propres imbécillités ou par celles des autres, me maintient dans un état de vigilance permanente.
Il ne faut pas être manipulable. Et pour ne pas être manipulable, il faut avoir une petite peur bien éveillée, comme une veilleuse qui est là, présente quand l’autre parle, et qui dit : « Attention, tu es en train de te faire avoir. Attention, tu baisses la garde. Attention, tu te fais embobiner. Attention, on te peigne dans le sens du poil ! » Il faut avoir cette lumière toujours allumée ! Si je l’éteins, c’est foutu.

 Extrait du chapitre 15 du livre « Luis Ansa, la voie du Sentir », Editions du Relié, 2015


mardi 5 septembre 2017

Weekends d'exploration de la voie du Sentir


Nous avons le plaisir de vous annoncer que des stages de deux jours sont mis en place pour celles et ceux qui voudraient approfondir l'enseignement de Luis Ansa.


Qu’est-ce que la liberté ? 
Comment s’ancrer davantage dans la beauté et dans l’amour ? 
Comment rester vigilant ? 
Qu'est-ce que l'éveil sensitif du corps ?
Pourquoi nos cinq sens sont-ils si précieux d’un point de vue spirituel ?
Comment transformer et alchimiser les situations négatives qui se présentent dans notre vie ?
C’est à travers des exercices sensitifs et des ateliers pratiques que ces différents thèmes seront abordés.

La voie du sentir ne vise pas à nous changer mais à réconcilier notre personnalité avec l’espace de l’être. Ici, il n’est pas question de combat, de contrôle ou de maîtrise de soi, il s’agit davantage de se familiariser avec une approche basée sur l’accueil, l’ouver­ture et l’intimité avec la vie.


 Ces stages se présentent sous deux formes :
- un week-end d'introduction à la voie du sentir où sont présentées les bases de ce travail intérieur.
- puis des week-ends d'approfondissement sur des thèmes précis de la voie du sentir qui sont réservés à celles et ceux qui ont assisté au stage d'introduction. 

Pour une meilleure approche du travail, ces stages se déroulent avec un petit nombre de personnes.

Au plaisir de vous rencontrer
Robert Eymeri
Julie Lavarello


Pour tous renseignements pratiques et inscriptions :
Veuillez utiliser la messagerie sur la droite du site : "Contactez-nous" 
ou nous adresser directement un mail à : art.du.sentir@gmail.com 


mercredi 28 septembre 2016

Un interview sur la voie du sentir


La voie du sentir selon Luis Ansa
Rencontre avec Robert Eymeri

Par Claire Eggermont
(Article paru dans la revue "Sacrée Planète", avril 2016)

Révélé au grand public par le livre d’Henri Gougaud "Les sept plumes de l’aigle", Luis Ansa était non seulement un « nagual » dans la tradition toltèque mais aussi un initié dans les voies du soufisme, de l’hermétisme chrétien, du zen et de l’hindouisme. À travers la Voie du Sentir, il proposa un chemin sensitif de réconciliation avec le corps et de présence à soi-même, épuré de toute doctrine et de toute érudition.
Luis Ansa, qui aimait se présenter comme un ami plutôt que comme un maître spirituel, dispensa ses enseignements dans son atelier de peinture, au sein d’un quartier populaire de Paris, des années 1990 jusqu’à sa mort en 2011.
Formé à ses côtés pendant près de vingt ans, Robert Eymeri partage avec nous les clés de cette invitation à devenir des êtres alchimiques, porteurs d’amour et capteurs de la saveur du divin en toute chose.


Se réconcilier avec le corps

Claire Eggermont : « Revenir au corps, voilà le grand secret », dit Luis Ansa dans le livre que vous avez consacré à son enseignement. « Une immense connaissance se cache dans le silence de la chair. Entrez en vous-même, tout est là. » N’est-ce pas déroutant, voire limité, pour notre esprit occidental, assoiffé de connaissances et de pratiques ésotériques, de se focaliser ainsi sur le corps ?

Robert Eymeri : Oui, c’est déroutant parce que nous avons été habitués, par la religion judéo-chrétienne, par la philosophie, à considérer le corps comme inférieur à l’esprit. On l’a même jugé impur à une certaine époque. La Voie du sentir ne sépare pas le corps et l’esprit. On pourrait simplement dire que l’esprit, la conscience, s’exprime dans cette incarnation, à travers un corps physique. Si vous n’avez pas de corps, pas de langue, pas de cerveau, comment pourriez-vous exprimer quoi que ce soit dans ce monde ? L’un comme l’autre sont indispensables et par conséquent, on doit vivre en harmonie avec ces deux aspects de nous-mêmes.
Par ailleurs, le corps, qui a été tellement déconsidéré, constitue en fait un immense réservoir de connaissances. Il ne s’agit pas de connaissances livresques mais expérientielles. C’est la même différence qui existe entre lire la formule chimique d’un parfum de rose et sentir ce parfum. L’expérience de ce parfum peut créer en vous une ouverture de conscience phénoménale. Je doute que ce soit le cas en lisant sa formule chimique.

C.E. : L’enseignement de Luis Ansa nous convie à réconcilier l’esprit et la matière, le corps et l’âme, la vie intérieure et la vie extérieure et à nous « décrucifier » de la dualité entre sensualité et spiritualité imposée par le christianisme. « Sortez de ce conditionnement monstrueux qui vous a persuadés que le monde de l’esprit est en haut et que le monde de la matière est en bas. Pourquoi ne pourrai-je pas dire Gloire à Dieu dans un orgasme ? » affirmait-il…

R.E. : Cette réconciliation est absolument indispensable. Pour cela, on va commencer par éveiller la sensation de notre corps. On connaît tous cette perception sensitive mais, généralement, on n’y fait pas attention, on ne la développe pas. C’est pourtant la porte d’entrée dans le corps. Dans ce travail, on commence par éveiller la sensation des mains ou des pieds car ce sont les parties du corps qui sont déjà les plus présentes. C’est très facile à faire. Il n’y a pas besoin d’être initié pour cela. Quand on parle de la sensation, on parle donc d’un senti, c’est-à-dire d’une perception directe de telle ou telle partie du corps, et non pas d’un ressenti qui exprime plutôt une représentation à connotation émotionnelle.

« Je suis dans le sentir 24 heures sur 24. Je rentre à la maison, ma femme me parle, je suis dans le sentir. Je touche un chat, je suis dans le sentir. Je vais me faire un œuf au plat, je suis dans le sentir. Je vais me laver, je suis dans le sentir. C’est à partir de là que je suis inébranlable. Parce que le sentir ne projette pas. » Luis Ansa

C.E. : Formé au chamanisme et à l’approche corporelle qui existe dans différentes traditions, Luis Ansa savait que le corps est un appui pour le travail spirituel et que tout chemin intérieur authentique ne peut se bâtir sans lui. « Sentez votre corps quoique vous fassiez, dit-il. Lorsque vous faites des courses, lorsque vous parlez à un ami, lorsque vous travaillez, lorsque vous regardez la télévision, gardez toujours une partie de votre corps éveillée par la sensation. Si vous ne pouvez pas tenir la sensation globale du corps, tenez celle de votre main, de votre pied, de votre jambe ou de votre visage. » En quoi le fait de garder la sensation éveillée est-il si important ?

R.E. : Éveiller la sensation du corps n’est pas une finalité en soi. Quelles que soient les traditions, l’enjeu reste toujours ce que l’on appelle communément « la libération ». Mais de quoi se libère-t-on ? On se libère de notre suffisance, de notre orgueil, de l’idée que nous avons de notre propre importance et qui nous empêche de goûter pleinement la vie. On se libère de ce mode de fonctionnement qui nous fait vivre continuellement dans le passé ou dans le futur mais jamais dans le présent. On se libère de notre attachement à un résultat. On découvre alors la joie d’être. En ce sens, la « libération » ne constitue pas non plus une finalité mais plutôt un commencement. Le commencement d’une nouvelle vie qui n’est plus au service de notre petite personnalité mais qui devient une célébration de l’être.
Une voie spirituelle va donc nous donner des indications, des repères, pour parcourir ce chemin, ce retour vers soi-même. Dans la voie du sentir, l’éveil de la sensation est le premier pas que nous allons faire. Cette présence sensitive va devenir peu à peu une « ancre », c’est-à-dire qu’elle va nous permettre de ne plus être une girouette que le moindre coup de vent fait tourner. On est ancré dans le corps et la présence du corps nous empêche d’être emportés par notre émotivité.


Se déprendre de soi-même

C.E. : « S’il existe une prison, dit Luis Ansa, elle se trouve là, dans ce système de pensée qui me forme. » Il ajoute également : « L’homme n’est pas né avec la peur. Il n’avait pas la crainte de Dieu mais celle de la nature, du dinosaure, de l’éclair, la crainte de ne pas avoir à manger, de ne pas pouvoir se chauffer. Ce sont des craintes naturelles, instinctives. Mais les hommes ont introduit, dans ce terrain déjà apte, la semence d’un autre type de crainte : la peur du diable, la peur du péché, la peur de Dieu, de la femme, de ceci, de cela. » Comment se libère-t-on alors de cette prison, de toutes ces peurs que l’on nous a inculquées ?

R.E. : C’est le second pas dans ce chemin. Une fois que l’on est sensitivement présent à soi-même, on va pouvoir s’observer. On va observer, dans chaque situation qui se présente, si on la refuse, si l’on entre en réaction avec elle, ou si, au contraire, on l’accueille ; si l’on se ferme au monde ou si l’on est, pourrait-on dire, à l’écoute du monde. Que ce soit avec notre conjoint, avec nos amis, dans notre travail, dans le métro, dans le train, partout où l’on se trouve et dans toutes nos relations, on va ainsi avoir l’opportunité de voir nos comportements, nos pensées, nos attentes, nos réactions… Lorsque l’on fait ce type d’observation, sans jugement, on va peu à peu mettre en évidence tout ce qui constitue notre conditionnement, nos croyances, nos opinions, nos peurs, ce que l’on appelle notre fausse personnalité.
Cette fausse personnalité, c’est notre égoïsme, notre besoin de domination, notre avidité, notre ambition, notre besoin constant de reconnaissance. Plus on va voir, en étant ancré dans cette présence sensitive du corps, comment fonctionne notre fausse personnalité, plus elle va perdre de sa force. Parce que l’on va constater qu’elle n’est pas efficace, qu’elle ne nous rend pas heureux. Et comme on ne la juge pas, comme on ne la combat pas, comme elle ne se sent pas menacée, elle va peu à peu se dissoudre dans cette présence à nous-même qui simultanément grandit.
En ce sens, il ne s’agit pas de se changer. On ne cherche pas à être quelqu’un d’autre qui serait mieux ou un peu plus parfait. Au contraire, on se rapproche de soi-même. On commence à s’aimer. Et cela se fait naturellement.
On va ainsi sortir peu à peu de cette auto fascination de nous-mêmes, de cet hypnotisme dans lequel nous sommes plongés.

« L’essence est innée et elle opère par la grâce, alors que la personnalité est acquise et opère par la reconnaissance, l’effort, le mérite. » Luis Ansa


Sortir des jeux de pouvoir et s’ouvrir à l’autre

C.E. : Au cours de cet apprentissage quotidien et intime auquel nous convie la Voie du Sentir, on va aussi observer l’habitude que nous avons prise d’être tour à tour des proies et des prédateurs énergétiques. « Vous convoitez l’attention de l’autre et, en même temps, l’autre convoite votre attention, explique Luis Ansa. C’est la façon qu’a trouvée votre fausse personnalité, votre ego, pour prendre de l’énergie. »

R.E. : C’est l’une des observations que l’on peut faire : l’attention est un enjeu d’énergie. On se nourrit de l’attention de l’autre et l’autre se nourrit de notre attention. La Voie du Sentir va nous apprendre à trouver l’énergie en soi et à ne plus la voler à l’autre. Là encore, c’est la présence sensitive à soi-même qui va nous permettre de ne plus continuer à être des proies ou des prédateurs énergétiques. On a ainsi la possibilité de devenir autonome et responsable.

C.E. : Vous évoquez dans votre livre diverses stratégies de vol d’énergie qui se jouent dans nos relations. « L’auto-apitoiement », par exemple, qui consiste à créer des scénarios dramatiques et exagérés pour être le centre d’intérêt. Le « culpabilisateur » qui désigne une attitude de plainte et d’accusation permanente qui pousse son partenaire à se justifier. « L’inquisiteur », tel un loup déguisé en agneau, qui fait mine de s’intéresser à sa proie et s’impose à elle en sachant mieux qu’elle, ce dont elle a besoin.

R.E. : Oui. La stratégie la plus courante est certainement le fait de se prendre pour une victime. Non seulement, on se sert de cette stratégie pour capter l’attention de l’autre et on devient donc dépendant de cette attitude mais surtout, on s’enferme dans une représentation de nous-même qui est particulièrement handicapante. Car plus on fonctionne de cette manière, plus on entre en résonance avec cet état de victime et plus on va créer des situations qui vont venir nous confirmer l’idée que l’on est vraiment une victime. Se libérer de soi-même n’est donc pas un luxe, c’est une nécessité.
C.E. : Luis Ansa attire notre attention sur l’importance de sortir des jeux de pouvoir. En nous désidentifiant de notre fausse personnalité, nous pouvons le faire et entrer véritablement en relation avec l’autre. « En tombant dans le pouvoir, dit-il, l’être humain devient extrêmement dangereux. Il ne veut ni apprendre à aimer, ni aimer, il veut qu’on l’aime ! »

R.E. : Le pouvoir est un véritable fléau qui, malheureusement, touche aussi bien la femme que l’homme. Et il trouve directement sa source dans ce sentiment d’importance que l’on se donne. On se croit à l’origine de notre force, de notre intelligence, de notre beauté, de nos qualités, mais tout cela ne nous appartient pas. La vie ne nous appartient pas, c’est ce que nous oublions constamment. Le pouvoir nous amène dans un jeu de dupe, on se leurre soi-même car dans le fond, ce que tout le monde cherche en réalité, c’est à aimer et à être aimé. Et l’utilisation du pouvoir, de la menace, de la manipulation est certainement le pire choix que l’on peut faire pour aller vers l’amour !
L’amour a ses propres lois. C’est la seule énergie, dit Luis Ansa, qui ne marche pas à sens unique. Si vous voulez être aimé, il faut commencer par aimer, il faut commencer par donner. Et lorsque, par chance, vous recevez de l’amour, si vous n’aimez pas en retour, l’amour que vous recevez s’épuisera très vite. L’amour doit circuler. C’est une école. Peut-être la plus belle qui soit. Mais apprendre à aimer n’est pas facile. C’est en se désidentifiant de notre fausse personnalité que l’on va apprendre à aimer, que l’on va laisser s’exprimer l’être que l’on est et qui, lui, est pur amour.
Là encore, la relation est la voie royale pour mener cet apprentissage. C’est l’autre qui va m’apprendre à aimer, c’est l’autre qui va me monter mon manque d’attention, mon indifférence, ma sécheresse. Vous voyez, on peut dire alors que l’autre devient mon maître.


Capter la beauté du vivant

« Vos cinq sens sont les fenêtres par lesquelles le monde extérieur pénètre à l’intérieur. Ils sont les chemins qui mènent à la demeure de l’âme. » Luis Ansa

C.E. : Luis Ansa explique comment la captation des impressions à travers nos cinq sens constitue une nourriture de l’âme. Mais il insiste sur l’importance de capter ces impressions sans faire de commentaire, sans élaborer la moindre pensée. Il s’agit de sentir, goûter, entendre, regarder, toucher, et se taire. Car généralement, développe-t-il, nous ne captons pas la vie, nous l’interprétons à l’aune de notre mental qui est sans cesse en train d’analyser, de comparer, de projeter et de juger.

R.E. : Nous abordons là un autre aspect de cette voie. Observer comment fonctionne notre fausse personnalité ne suffit pas, il faut aussi se tourner vers l’être. Commencer à dialoguer avec lui. Notre être, c’est ce que nous sommes réellement. Et notre être ne mange pas des hamburgers, il ne se nourrit pas non plus d’idées ou de concepts. Si vous le nourrissez avec votre mental, il va très vite devenir affamé. Parmi les différentes nourritures que je peux offrir à mon être, il y a les impressions, c’est-à-dire les impacts perceptifs que mon corps reçoit et qui, si je suis présent à moi-même, constituent mes expériences d’incarnation.
Dans certaines traditions, on dit que Dieu — si vous acceptez ce terme, sinon vous pouvez l’appeler le Grand Esprit, ou la Source de toute chose, ou la conscience impersonnelle, comme vous voulez — nous a créés pour pouvoir faire l’expérience de sa création. L’être n’est pas notre mental, il est cette partie divine, cette étincelle de vie consciente, que nous avons reçue en héritage de notre créateur. Notre être, à travers l’incarnation, fait donc l’expérience du monde. Mais pour qu’il puisse faire cette expérience, il faut que nous soyons présents à nous-même. Sensitivement présent. C’est le premier point.
Il faut ensuite que nous soyons capables de capter ces impressions que nous expérimentons. Et pour cela, il faut devenir « concave », c’est-à-dire réceptif. Ce n’est pas ma partie masculine, convexe, qui va pouvoir capter, c’est ma partie féminine. Il va donc falloir que j’explore ces différentes parties en moi. Et là, vous entrez dans une aventure qui n’a véritablement pas de fin. Et sur ce plan, l’homme va, bien sûr, pouvoir énormément apprendre de la femme s’il accepte de se mettre à son école.
La captation des impressions a aussi d’autres fonctions comme celle de fortifier nos corps énergétiques supérieurs. Le sujet est vaste.

C.E. : À la fin de votre ouvrage, Luis Ansa invite les femmes à sortir de leur silence, à cesser de baisser la tête, à récupérer leur souveraineté et à oser s’exprimer. « La matière est l’incarnation la plus dense de la force de l’esprit, et l’esprit est l’élévation la plus grande de la matière, dit-il. Et la femme a ces deux principes en elle. Elle a l’esprit divin à l’intérieur et le pouvoir de matérialité dans son corps. »

R.E. : Oui, car la femme donne la vie. Pas l’homme. On pourrait peut-être trouver là, l’origine de la violence, on pourrait même dire de la haine, que l’homme, à travers les siècles, a eue envers la femme. C’est pour cette raison que Luis Ansa a invité les femmes à sortir de leur silence, non pas pour exprimer un esprit de vengeance ou de revendication, mais pour faire émerger un autre type de pensée. Pour sortir justement de ces rapports de force, de manipulation et de domination qui sont typiques d’un comportement masculin devenu totalement malade. Il suffit de voir le monde dans lequel nous nous trouvons, qui est essentiellement porté et créé par la pensée masculine, pour comprendre que nous sommes arrivés dans une impasse.


Laisser l’amour circuler et alchimiser

« Que je touche quoique ce soit, un animal, un humain, un végétal, un minéral ou même Dieu, je le touche avec amour. Je ne choisis plus ce que je veux aimer. Je ne me mets pas en travers de cette énergie avec des attitudes personnelles de sympathie ou d’antipathie. Je permets que cet amour opère en moi et j’apprends à travailler avec l’altérité. » Luis Ansa

C.E. : « Le semblable attire le semblable » répétait Luis Ansa « Si par exemple, je crois que vous êtes mauvais, dit-il, je vais chercher à me protéger de vous et cela va amener une grande tension en moi. Si je crois au contraire que vous êtes bon, je me place instantanément dans une zone positive de moi-même et, par une alchimie assez mystérieuse, je vais appeler le bon et le positif en vous. » Je perçois là une clé de son enseignement qui nous appelle à devenir des êtres alchimiques…

R.E. : Il y a effectivement, dans la voie du Sentir, tout un travail pour cultiver le positif et alchimiser le négatif. Lorsque vous êtes présent à vous-même, vous vous mettez à habiter ce que l’on pourrait appeler « votre espace intérieur ». Si vous n’êtes pas là, la maison est vide. Il n’y a ni espace intérieur ni espace extérieur. Mais quand vous êtes là, le premier constat que l’on peut faire, c’est que l’on est heureux d’être là. On va donc commencer par aimer cet espace, par le protéger. On va faire attention au climat dans lequel on vit. On ne se nourrit pas de négatif, on commence à avoir une nouvelle forme d’hygiène.
Et cela se traduit dans nos actes. On ne cherche plus le conflit. On devient attentif à tout ce qui nous rend égoïste, à tout ce qui empêche l’amour de circuler.



Goûter la saveur du divin

« Dieu n’a pas créé l’être humain pour le soumettre à la tentation et le punir. Dieu n’a pas créé le sexe et le désir pour avoir le plaisir de nous l’interdire. Tout cela est beaucoup trop tordu ! Dieu n’est pas un bourreau ! Dieu aime ! Dieu est pur amour ! » Luis Ansa

C.E. : La Voie du Sentir était pour Luis Ansa un moyen de découvrir le goût et la saveur du divin dans les choses les plus ordinaires, au travers d’une tomate, d’une tasse de café, d’une cigarette ou d’un baiser, disait-il. C’est-à-dire dans le monde sensitif et non pas intellectuel, de même que nous pouvons sentir le vent sans le voir. « Le monde sacré se trouve caché dans la vie ordinaire, dans les choses qui n’ont pas d’importance et auxquelles on ne fait pas attention. On a fait d’un Dieu proche, qui est à l’intérieur de chaque cellule, une réalité mystérieuse et lointaine. C’est dommage, tellement dommage… » Qu’aimeriez-vous ajouter en conclusion ?

R.E. : Lorsque l’on goûte cette saveur du divin en toute chose, on est devenu « un porteur d’amour », comme disait Luis Ansa. L’invitation est là. À nous de la suivre. Cette voie n’a pas de propriétaire, pas de représentant. Luis Ansa l’a offerte à l’humanité. À chacun de l’explorer et de la faire vivre.



Pour aller plus loin :
Toutes les paroles de Luis Ansa sont extraites de l’ouvrage sur son enseignement :
« Luis Ansa, la voie du Sentir » par Robert Eymeri, éditions du Relié, 2015.

Article également publié sur le blog de Claire Eggermont : https://claireeggermont.wordpress.com/2016/09/26/la-voie-du-sentir/

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vendredi 18 mars 2016

Un article sur Luis Ansa dans la revue "Inexploré"

A lire dans la revue "Inexploré" de janvier-février 2016, une présentation du travail intérieur proposé par Luis Ansa. 
Cliquer sur la page pour l’agrandir et pouvoir la lire. 

















Une erreur s'est glissé en haut de la page 97. Lire : "C'est simplement notre propre senti (et non pas ressenti)".
Luis Ansa faisait une différence entre le senti (la perception) et le ressenti qui est une perception qui a déjà été analysée par le cerveau et qui se traduit généralement par un état émotionnel subjectif. La sensation dont parle Luis Ansa n'est donc pas un ressenti mais bien une perception directe.

lundi 21 décembre 2015

Sur la sensation


« Nous venons au monde avec une grandeur, 
une plénitude, une surabondance. »
Luis Ansa


Luis Ansa 




Le recours à la sensation et à l’éveil sensitif du corps est fréquent dans la plupart des voies spirituelles — que ce soit dans l'hindouisme, dans l'hermétisme chrétien ou dans les différents chamanismes qui existent — mais Luis Ansa en a fait un des éléments fondamentaux de la voie du Sentir. L’éveil de la sensation permet ainsi d’amorcer une relation d’amour avec le corps et de pouvoir peu à peu « s’habiter ».

« Je vais vous donner un exemple très simple de ce qu’est la voie du sentir : en ce moment, je sens ma main. Vous pouvez faire pareil.
Je ne pense pas ma main, je la sens. Là, c’est binaire : je la sens ou je ne la sens pas. En cet instant, la sensation que j’ai de ma main est beaucoup plus réelle que toutes les pensées que je peux avoir sur elle. Vous comprenez ?
L’être que je suis ne se trouve donc pas localisé dans mon cœur, ma rate ou mon cerveau, l’être est où il y a conscience d’être.
Et je ne fais pas cela pour obtenir quelque chose, je le fais pour occuper mon état d’être. Parce que j’ai un être et vous aussi, vous avez un être. Mais il se peut que votre être soit désoccupé de vous, qu’il soit vide. Votre être est là, en vous, habitez-le ! Ne le laissez pas vacant.
J’ai un nom, une carte d’identité, oui, mais qui occupe mon être à l’intérieur ? Qui ? Si on me dit quelque chose de désagréable, je me fâche ; si on me flatte, je gonfle comme un crapaud. Je n’existe pas, je ne suis qu’une marionnette actionnée par les impacts extérieurs. »


La voie du Sentir est une invitation à revenir à l’être et si la sensation est un élément particulièrement important, c’est aussi parce que la sensation nous est familière.
La sensation n’est pas quelque chose de magique ou d’extraordinaire. Elle n’est pas un objet extérieur qui pourrait se transmettre d’une personne à l’autre ou que l’on pourrait acquérir. On n’a pas besoin d’être initié à « l’éveil de la sensation » que ce soit dans une relation individuelle ou dans un groupe comme certaines personnes essayent parfois de le faire croire. La sensation, c’est notre propre senti. Tout le monde l’a déjà. Tout le monde peut l’expérimenter spontanément.
C’est pour cette raison que la sensation est utilisée dans de nombreuses voies spirituelles car elle est un point d’appui que tout le monde connaît. En mettant notre attention sur la sensation, elle nous amène directement à la présence. Et c’est à partir de notre présence sensitive éveillée que l’on va pouvoir observer toutes nos identifications et tous nos conditionnements afin de s’en libérer.
L’éveil de la sensation est une pratique constante dans la voie du Sentir, comme Luis en témoignait.

« Je suis dans le sentir 24 heures sur 24. Je rentre à la maison, ma femme me parle, je suis dans le sentir. Je touche un chat, je suis dans le sentir. Je vais me faire un œuf au plat dans la cuisine, je suis dans le sentir. Je vais me laver, je suis dans le sentir.
C’est à partir de là que je suis inébranlable. Parce que le sentir ne projette pas. Il ne se préoccupe de rien, réussir ou ne pas réussir ne le concerne pas.
(…) Si je ne suis pas dans le sentir, si la sensation n’est pas éveillée en moi, je suis en manque. Mais je suis en manque de quoi ? En manque d’ancrage, en manque de terre.
Dans cet ancrage, je ne suis plus une marionnette parce que dans le sentir, je ne projette pas. Ma sensation étant éveillé, je ne me préoccupe pas de savoir si je vais réussir ou pas, le sentir se contrefout de réussir. »

La pratique de la sensation est discrète. Lorsque quelqu’un éveille sensitivement son corps, cela ne se remarque pas spécialement.
C’est pour cette raison que Luis Ansa appelait cette pratique « l’art du secret ». Parce qu’elle se fait dans le secret de soi-même et non pas de façon ostensible.
« L’art du secret » n’a bien sûr rien à voir avec l’idée que la voie du Sentir devrait rester secrète ou réservée à quelques personnes seulement. Il n’y a que la personnalité qui pourrait avoir une pareille idée.
Durant les dernières années de sa vie, Luis Ansa n’a eu de cesse de vouloir faire connaître cette voie et ses pratiques.